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Gary Meskil (PRO-PAIN) : “Dire la vérité est devenu dangereux” - Interview

  • 6 mai
  • 5 min de lecture

Après plus d’une décennie de silence discographique, PRO-PAIN signe enfin son retour avec Stone Cold Anger, un album frontal, sombre et profondément ancré dans les tensions sociales et politiques de notre époque.


Toujours guidé par la rage et l’authenticité qui ont forgé l’identité du groupe depuis les années 90, Gary Meskil revient sur les épreuves personnelles qui ont retardé ce nouvel opus, le retour d’Eric Klinger, la composition du disque ainsi que les thèmes brûlants qui traversent ses textes. Entre colère froide, lucidité et héritage hardcore intact, PRO-PAIN prouve une nouvelle fois qu’il reste une voix à part dans la scène metal.


Pro Pain interview 2026

Après 11 ans sans nouvel album, qu’est-ce qui a déclenché l’envie de revenir aujourd’hui avec Stone Cold Anger ?

Gary Meskil : L’envie d’écrire et de sortir de nouvelles musiques n’a jamais disparu, mais plusieurs facteurs majeurs expliquent notre pause de 11 ans sans nouvel album. Pour commencer, j’ai subi de graves blessures en 2017, dont un traumatisme crânien. Il m’a fallu beaucoup de temps pour me remettre de tout ça. En plus, j’ai développé une sévère contracture de Dupuytren à la main gauche, ce qui est handicapant et rend le fait de jouer de la guitare presque impossible.


Même si je peux encore jouer de la basse dans une certaine mesure, j’ai toujours composé mes morceaux à la guitare. Pour la première fois, je suis devenu dépendant d’un partenaire d’écriture / collaborateur. Les nouveaux morceaux ont vraiment commencé à prendre forme peu après le retour d’Eric Klinger dans le groupe. Donc je suppose que c’est ça, “l’étincelle”.



Pro Pain interview 2026
"Stone Cold Anger" disponible le 15 mai chez Napalm Records.

Le titre Stone Cold Anger sonne très direct — diriez-vous que c’est votre album le plus politique ou socialement engagé à ce jour ?

Gary Meskil : Je ne sais pas si c’est notre album “le plus” politique ou engagé socialement, mais il frappe fort sous de nombreux angles différents. Nous avons toujours considéré PRO-PAIN comme une sorte de “baromètre sociopolitique” au niveau des paroles, et nous pensons que Stone Cold Anger a beaucoup à offrir dans ce domaine. Le monde est dans une spirale descendante depuis un bon moment maintenant, donc nous essayons de capturer le ressenti du public dans les périodes difficiles. De cette manière, nos fans peuvent se connecter à nous à un niveau plus profond que la simple musique.


Comment avez-vous abordé le processus de composition après une si longue pause ? Plus instinctif ou plus réfléchi ?

Gary Meskil : Notre processus d’écriture est à la fois instinctif et calculé. Les riffs sont écrits en premier puis classés dans des dossiers. Ensuite, ces riffs sont étiquetés selon leur BPM (battements par minute). Les riffs ayant des BPM proches sont regroupés dans des sous-dossiers puis classés selon leur utilisation potentielle (intro, bridge, couplet, refrain, outro, etc.). À partir de là, les meilleurs riffs sont sélectionnés et prêts à être arrangés. Une fois les arrangements terminés, il s’agit ensuite de travailler le phrasé et d’écrire les paroles. Les leads et les embellissements ont été composés en dernier dans le cas de Stone Cold Anger.




“March Of The Giants” parle de lutte contre l’oppression — est-ce un thème central de l’album ?

Gary Meskil : Oui, c’est l’un des thèmes centraux. En dehors de ça, nous abordons une multitude de sujets sociopolitiques qui sont à l’origine de la dépression sociale, de la colère, des addictions, du désespoir, du sentiment de trahison et d’un profond manque d’espoir. Ajoutez à cela une dimension liée aux prophéties de fin des temps et à ceux qui cherchent à accomplir les écritures en provoquant l’apocalypse.


Le morceau “Uncle Sam Wants You!” semble très politique — quel message vouliez-vous transmettre aujourd’hui avec ce titre ?

Gary Meskil : L’Oncle Sam symbolise le gouvernement et son pouvoir. Je l’ai toujours vu comme un méchant. Je suppose qu’il reste une bonne mascotte pour les États-Unis parce que nous représentons une telle menace sur la scène mondiale, et je trouve son image assez menaçante.


Le morceau parle du fait d’énoncer des vérités évidentes et d’être catalogué comme complotiste simplement pour avoir pointé du doigt ce qui saute aux yeux. Nous sommes arrivés à un point où dire la vérité peut devenir dangereux selon ce — ou qui — est exposé. Julian Assange est probablement l’exemple le plus célèbre de cela. Dans le livre 1984 de George Orwell, il est écrit : “Le Parti vous ordonnait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était là son commandement essentiel.”


Musicalement, cherchiez-vous à renouer avec vos racines hardcore ou à moderniser le son de PRO-PAIN ?

Gary Meskil : Nous voulions faire un album complet et équilibré qui incarne notre son unique, nos différents styles et les influences musicales que nous avons accumulées au cours des 35 dernières années. Je pense que nous avons réussi tout cela.




On retrouve toujours ce groove si caractéristique de PRO-PAIN — est-ce quelque chose que vous travaillez consciemment ou est-ce naturel ?

Gary Meskil : C’est une signature sonore que nous cultivons depuis le début des années 90. Je pense que développer son propre son peut se faire grâce à une certaine forme de répétition. Par exemple, le son de guitare caractéristique de Tony Iommi vient du fait qu’il a constamment joué sur une Gibson SG, pareil pour Angus Young. Des groupes comme The Ramones ou Motörhead ont développé leur identité sonore en restant fidèles à leur formule. PRO-PAIN aussi.


Le monde a énormément changé ces dix dernières années — est-il plus facile ou plus difficile aujourd’hui d’écrire des paroles engagées ?

Gary Meskil : Je n’ai pas besoin de chercher bien loin pour trouver de l’inspiration, car il n’y a jamais de pénurie de sujets sordides sur lesquels écrire. Comme le disait Sick Of It All : “Just look around.”


Après 35 ans de carrière, qu’est-ce qui vous met encore en colère aujourd’hui ?

Gary Meskil : Les mêmes choses qui mettent en colère la plupart des gens ordinaires : l’injustice, la guerre, l’oppression, la corruption, l’absence de responsabilités, le mensonge, la cruauté, la technocratie, l’oligarchie, etc.


Le retour d’Eric Klinger a-t-il changé la dynamique du groupe ?

Gary Meskil : Oui. Le retour d’Eric a ramené une grande partie de notre ancienne alchimie. Un nouveau départ, si vous voulez. Il apporte énormément au groupe et, en plus d’avoir écrit environ 80 % des nouveaux riffs, il a aussi joué un rôle important dans l’enregistrement, le mixage et le mastering du nouvel album.


Si vous deviez résumer Stone Cold Anger en une phrase, laquelle serait-ce ?

Gary Meskil : Une collection variée de hardcore metal sociopolitique pour les gens ordinaires.



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